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Franz Jägerstätter, catholique, résistant au nazisme. Dernière lettre à sa femme
Franz Jägerstätter dans le film Une vie cachée de Terrence Malick.
Convoqué le 2 mars 1943 à la caserne d’Enns, Franz Jägerstätter, 36 ans, marié et père de trois petites filles, humble paysan à Sankt Radegund, en Autriche, refuse d’être incorporé à l’armée allemande du Troisième Reich. Profondément catholique, doué d’une âme d’une extrême droiture, selon lui, servir Hitler, c’est trahir le Christ : « Peut-on combattre en même temps pour la victoire du Christ et celle du national-socialisme ? », s’interroge-t-il, avant de faire un choix qui le mènera jusqu’au sacrifice ultime.
Emprisonné à Linz, puis à Berlin, il est condamné à mort par un tribunal militaire et guillotiné le 9 août 1943 à la prison de Brandenbourg pour « entrave à l’effort de guerre ». Profondément amoureux et lié à sa femme qui l’a soutenu jusqu’au bout, il écrit cette longue lettre le jour de son exécution.
Mariage de Franziska Schwaninger et Franz Jägerstätter, le 6 avril 1936, dans leur village de St Radegund. Franz a 29 ans et Franziska 23 ans.
Franz Jägerstätter dans le film Une vie caché
Dieu vous salue ! Mon épouse si chère à mon cœur, et vous tous que j’aime,
J’ai reçu avec joie tes lettres du 13 et du 25 juillet, et je t’en remercie de tout cœur. Cela fait aujourd’hui quatre semaines que nous nous sommes vus pour la dernière fois en ce monde. Ce matin vers cinq heures et demie, on nous a dit de nous habiller tout de suite et que la voiture attendait ; avec plusieurs condamnés à mort, nous avons été emmenés ici à la prison de Brandebourg, sans savoir ce qui allait nous arriver. C’est seulement vers midi qu’on nous a annoncé que la sentence du 14 était confirmée et que nous serions exécutés à quatre heures de l’après-midi. Je veux seulement vous écrire quelques mots d’adieu.... suite
Très chère épouse, très chère mère,
je vous remercie encore du fond du cœur pour tout ce que vous avez fait pour moi dans la vie, de tout l’amour et des sacrifices que vous avez acceptés de faire pour moi. Je vous prie à nouveau de me pardonner tout ce qui peut vous avoir offensées ou peinées, de même que pour ma part je vous pardonne tout. Je prie tous les autres aussi de me pardonner les fois où je les ai offensés ou peinés, en particulier, le Révérend Père, si je l’ai offensé avec mes propos quand il est venu me voir avec toi. De mon côté, je pardonne tout du fond du cœur. Que Dieu puisse accueillir ma vie en expiation non seulement de mes propres péchés, mais aussi de ceux des autres. Très chère épouse, très chère mère, il ne m’a pas été possible de vous épargner les souffrances que vous devez endurer à cause de moi. Comme cela a dû être dur pour notre cher Sauveur de donner à sa Mère, par sa propre souffrance et par sa mort, une douleur aussi profonde. Tous deux ont tout supporté par amour pour nous, pauvres pécheurs. Je remercie aussi mon Sauveur de pouvoir souffrir et mourir pour Lui. Et je crois que dans sa miséricorde infinie Il m’a tout pardonné et je suis sûr qu’Il ne m’abandonnera pas à la dernière heure.
N’oublie pas, ma femme bien-aimée, ce que Jésus a promis à ceux qui communient les neuf premiers vendredis du mois en l’honneur du Sacré-Cœur. Jésus va maintenant venir à moi dans sa sainte communion et me fortifier pour ce voyage dans l’Éternité. À Tegel, j’ai aussi eu la grâce de recevoir quatre fois le Saint-Sacrement. Embrassez bien fort mes petites filles. Je demanderai à notre Dieu bien-aimé, s’Il me permet de rejoindre bientôt le Ciel, qu’Il prépare également une bonne place pour vous. La semaine dernière, j’ai bien souvent prié la Sainte Vierge de me laisser fêter l’Ascension au Ciel, si c’est la volonté de Dieu que je meure bientôt.
Propagande nazi dans un camps de concentration
Guillotinés ou pendus à la hâte dans des prisons sordides, gazés dans les centres d’euthanasie du Reich, rongés par le typhus et la famine dans les camps de concentration, les catholiques allemands qui s’opposèrent à Hitler au nom de leur attachement à l’évangile furent bien souvent considérés comme des traîtres à leur patrie, voire des lâches, et mis à mort dans la solitude, loin de toute place publique où leurs sacrifices auraient été vus de tous pour porter un fruit plus immédiat. Franz Jägerstätter « savait qu’au-delà de sa famille et de sa communauté, sa mort passerait presque inaperçue, n’aurait aucun impact sur le parti nazi et ne précipiterait pas la fin de la guerre » a ainsi pu écrire l’auteur américain Jim Forest dans l’introduction de Franz Jägerstätter. Letters and writings from prison. C’est d’ailleurs ce scandale aux yeux du monde – l’apparente absence d’utilité immédiate de son geste – qui tisse la trame du film de Malick et en fait la puissance.
« « Aimez-le totalement, qui s'est donné totalement pour votre amour » (Sainte Claire).Veillée de prière et messe d'obsèques . Je vous met le lien pour la suivre en direct »
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Commentaires
Ces catholiques ont fait preuve de plus de courage que le pape de l' époque, car ils n'ignoraient pas le sort qui les attendait !
Mais on comprend que l' esprit est le plus fort quand il sait qu'il rejoindra celui de Dieu !
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Vendredi 13 Août 2021 à 10:57
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Bonjour Ana,
belle histoire que celle de cet autrichien qui refusé d'être enrôlé dans l'armée allemande, il savait ce qui l'attendait mais son amour pour Dieu était le plus fort et il ne pouvait suivre les ordres d'Hitler..
Pour ce qui est de la piscine je me baigne qu'une fois ou deux par semaine..C'est difficile pour moi de grimper à l'échelle pour en ressortir.
Bonne journée, gros bisous, caresses à Titi...
Dommage ! pourquoi ne pas l'avoir mise en terre ?
Tout de même tu profites et je suis contente car chez vous il
fait plus chaud