• Des hommes et des dieux

    Des hommes et des dieuxVoici deux hommes. L'un en face de l'autre. L'un dit à l'autre "tu n'as pas le choix " et l'autre, un moine, lui répond : " oui, j'ai le choix " C'est une scène du film. Dans ce film on aperçoit l'Amour des moines pour la population proche du Monastère et aussi pour ce Pays. Jusqu'à là ils ont vécu les joies et les peines avec eux. Il arrive le moment, où il s'agit de rester où de partir à cause de la situation dangereuse. Ils sont libres de faire l'un où l'autre. Ils vont avoir des combats et des hésitations personnelles. Puis ils vont se mettre chacun devant Dieu pour lui demander SA LUMIERE.

    Finalement, vont voter et chacun décidera de rester ensemble. soyons attentifs à chaque mot de ce testament, de l'engagement non seulement religieux, mais profondement plein d'Amour envers ceux, qu'un jour, pouraient lui ôter la vie à lui... à ses frères

     

     

     

    Des hommes et des dieux

     
     
    Le testament du P. Christian de Chergé, prieur du monastère de Tibhirine

    Le P. Christian est entré au monastère de l'Atlas, à Tibhirine, en Algérie, en 1969. Il est mort à l'âge de 59 ans

      

    S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui - d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j'aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays.

    Qu'ils acceptent que le Maître unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal.

    Qu'ils prient pour moi :

    comment serais-je trouvé digne d'une telle offrande ?

    Qu'ils sachent associer cette mort à tant d'autres aussi violentes, laissées dans l'indifférence de l'anonymat.

    Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre.

    Elle n'en a pas moins non plus.

    En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance.

    J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde, et même de celui-là qui me frapperait aveuglément.

    J'aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout coeur à qui m'aurait atteint.

    Je ne saurais souhaiter une telle mort.

    Il me paraît important de le professer.

    Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre.

    C'est trop cher payer ce qu'on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit,

    surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'islam.

    Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement.

    Je sais aussi les caricatures de l'islam qu'encourage un certain islamisme.

    Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.

    L'Algérie et l'islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme.

    Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l'Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église, précisément en Algérie et, déjà, dans le respect des croyants musulmans.

    Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste :

    « Qu'il dise maintenant ce qu'il en pense ! »

    Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité.

    Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l'islam tels qu'Il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion, investis par le don de l'Esprit dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.

    Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur,

    je rends grâce à Dieu qui semble l'avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout.

    Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d'hier et d'aujourd'hui, et vous, ô amis d'ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes soeurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis !

    Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'auras pas su ce que tu faisais.

    Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet « À-DIEU » en-visagé de toi.

    Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. Amen ! Inch' Allah.

    Alger, 1er décembre 1993 
    Tibhirine, 1er janvier 1994

     

     
    Christian

     

     

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  • Commentaires

    2
    Vendredi 24 Mai 2013 à 10:35

    Bonjour Ana, tu as changé le design de ton blog, celui-là est bien car il est au centre de la page... Bon vendredi, gros bisous

    1
    Vendredi 24 Mai 2013 à 08:14

    onjour Anna

    ce film me dit quelque chose et il me semble l'avoir vu a sa sortie,très beau film,triste aussi,belle journée

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